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Campagnes - Sexisme, violences et gestion des fonds publics -

Lettre ouverte au Président du Conseil général du Cher, au Président de la communauté d’agglomération de Bourges et au Maire de Bourges - 15/04/09

Paris, le 15 avril 2009

Messieurs les Présidents, Monsieur le Maire,

L’association « Elu/es Contre les Violences faites aux Femmes » (ECVF) a été créée en 2003 par des élu/es de tous partis en direction d’élu/es de tous partis, dans l’objectif de soutenir les élu/es et les collectivités de tout niveau territorial qui souhaitent s’investir dans la lutte contre les violences faites aux femmes, et de mener des actions de sensibilisation et d’information. C’est dans ce cadre que nous nous permettons de vous alerter, en tant que financeurs du Printemps de Bourges et responsables politiques, sur la programmation d’un rappeur nommé OrelSan.

Il a beaucoup été question, dans la presse, de l’une des chansons de ce chanteur, « Sale Pute », dont vous avez sans doute déjà pu apprécier les paroles. Les programmateurs semblent ne pas comprendre les raisons pour lesquelles la présence de ce chanteur dans des salles financées par des institutions publiques pose problème. Ainsi, il est répondu que la chanson incriminée, « Sale Pute », ne fait pas partie de l’album d’Orelsan et qu’il ne la chante plus sur scène. Cela devrait suffire…, mais à la seule condition d’oublier l’existence de « Suce ma bite pour la Saint-Valentin » qui n’a rien à envier à « Sale Pute » :

Suce ma bite pour la Saint-Valentin (extraits) : (…) (Mais ferme ta gueule) ou tu vas t’faire marie-trintigner / J’te l’dis gentiment, j’suis pas là pour faire de sentiments / J’suis là pour te mettre 21 centimètres / Tu seras ma petite chienne et je serai ton gentil maître (…) / Excuse-moi miss, laisse-moi dégrader tes p’tites fesses (…) / J’bois, baise, jusqu’à c’que t’en sois mal en point (...) / J’aime pas celles qui avalent, j’aime celles qui font des gargarismes / Celles qui ont su rester enfants, j’les soutiens dans leur combat d’femmes / Vis le sexe comme un conte de fées, depuis qu’j’ai mon BAFA / J’respecte les shneks avec un QI en déficit / Celles qui encaissent jusqu’à finir handicapées physiques (...) / Viens bébé on va tester mes nouvelles MST !

Si cette chanson ne fait pas partie de son album, nous ne savons pas s’il la chante toujours sur scène ou non. Quant à ses autres chansons, nombre d’entre elles sont du même acabit que « Sale Pute » qui est loin d’être la seule chanson indéfendable de ce chanteur.

En voici quelques extraits pour que vous puissiez vous en faire une opinion personnelle.

Etoiles invisibles : C’est pas en insultant les meufs dans mes r’frains que je deviendrais quelqu’un mais j’aime bien.

Sous influence : J’rêve de péter les dents d’l’autre pétasse des Pussycat Dolls

Changement : Maintenant les meufs portent du Vuitton, des grosses lunettes dorées / Avant c’était qu’pour les vieilles putes blondes décolorées / Les gars s’habillent comme des meufs et les meufs comme des chiennes / Elles kiffent les mecs effeminés comme si elles étaient lesbiennes

Différent : J’finirais par acheter ma femme en Malaisie / Les putes à blog sont plus bonnes en photos qu’dans la vrai vie / Nan, j’suis pas un produits marketing / J’suis sensible, j’me sens sale après avoir été voir les filles (...) / Renseigne toi sur les pansements et les poussettes / J’peux t’faire un enfant et te casser l’nez sur un coup de tête / Poulette pourquoi tu veux pas sortir avec moi ? / J’adore passer par les p’tits trous j’adore me sentir à l’étroit

Courez courez : Petite, essaie pas de me fréquenter / Ou tu va perdre ton pucelage avant d’avoir perdu tes dents de lait (...) / J’suis pour de vrai de vrai, j’dis c’que j’pense, j’pense c’que j’dis / Tout ce que j’écris c’est du premier degré, hé ! (...) / Les féministes me persécutent, me prennent pour Belzebuth / Comme si c’était d’ma faute si les meufs c’est des putes / Elles ont qu’à arrêter de d’se faire péter l’uc / Et m’dire merci parce que j’les éduque, j’leur apprend des vrais trucs / Des fois j’sais plus si j’suis misogyne ou si c’est ironique / j’serai peut-être fixé quand j’arrêterais d’écrire des textes où j’frappe ma p’tite copine / Tous les jours mon boss menace d’me virer d’mon taf / ma voisine me casse les couilles alors j’menace de tuer son chat (...) / Cherche pas, la mienne est plus grosse que la tienne ! / J’parle de la chienne que j’ai fait aboyer la veille / J’me rappelle plus de sa tête, j’sais juste qu’elle était dégueulasse / J’ai mal au dos j’ai dormi par terre, parce qu’elle prenait 2 places

Sans commenter ces textes plus qu’ils ne le méritent, vous pouvez constater par vous-même la manière dont ils banalisent les violences physiques, le viol, la transmission volontaire du sida et d’autres MST, et le meurtre des femmes qui ne répondent pas aux exigences de certains hommes dont OrelSan se fait le porte-parole. A cela, il faut encore ajouter l’homophobie et la pédocriminalité.

Vous savez que la culture et l’éducation sont des axes majeurs pour faire changer les mentalités, s’ouvrir aux autres et permettre la découverte de nouvelles pratiques d’expression. C’est pourquoi nous vous demandons de réagir à la présence au Printemps de Bourges d’un rappeur qui profite d’un statut d’artiste et de la crainte des responsables politiques d’être qualifiés de censeurs, pour proférer des appels meurtriers à la haine.

Le refus de voir Orelsan sur des scènes musicales financées par des fonds publics ne peut être considéré comme une atteinte à la liberté d’expression. En effet, la liberté d’expression, telle qu’elle est internationalement reconnue, connaît une limite : l’appel à la haine et au meurtre. Cette limite lui donne un sens et permet à la démocratie et au vivre-ensemble d’exister. Or, les textes précédemment cités ont largement franchi cette ligne rouge.

Nous vous rappelons qu’en avril 2007, le Printemps de Bourges avait déjà été le seul festival à offrir une tribune au chanteur Capleton dont les textes gravement homophobes appelaient « à brûler les pédés et les gouines ». En effet, à l’époque, Capleton avait été déprogrammé de tous les festivals de France, excepté de celui de Bourges…

Début avril 2008, le président de la Région Centre a pris position contre la présence de ce rappeur au Printemps de Bourges (voir communiqué ci-joint). Nous espérons que vous saurez en faire autant et prendre les décisions nécessaires pour empêcher la présence de tels messages dans des manifestations financées par des institutions publiques.

Nous vous remercions de l’intérêt que vous porterez à notre demande et attendons de connaître votre position sur la présence de ce rappeur au Printemps de Bourges.

Pour le bureau d’ECVF

Michèle LoupConseillère régionale d’Ile-de-FrancePrésidente d’ECVF

Nora HussonConseillère municipale de DreuxVice-présidente d’ECVF



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